Réflexions du V.M.
Voici un livre « Les autres ne pensent pas comme nous » de Maurice Gourdault-Montagne, un livre qui fait réfléchir bien au-delà de la simple géopolitique. L’auteur, grand diplomate français ayant servi à l’Élysée, à Matignon et comme ambassadeur à Tokyo, Londres, Berlin et Pékin, nous plonge dans les coulisses des grandes crises internationales : les rapports franco-américains pendant la guerre d’Irak, ses missions discrètes pour renouer les liens avec l’Iran et la Syrie, les soubresauts de la construction européenne, les occasions manquées avec la Russie, son analyse de la guerre en Ukraine, ou encore l’échec du traité d’amitié avec l’Algérie.

Sa conviction centrale est simple mais puissante : contre une vision uniforme et idéologique du monde, il défend une philosophie de l’action fondée sur le respect des différences culturelles et historiques. Cette approche rejoint étrangement celle d’un concept venu d’ailleurs : ‘’Ubuntu’’.
Qu’est-ce qu’Ubuntu ? C’est une philosophie humaniste originaire d’Afrique australe, résumée par l’adage « Je suis parce que nous sommes » en opposition au cartésien « Je pense donc je suis ». Nelson Mandela le définissait comme la croyance en un lien universel de partage où la générosité, la solidarité et l’humilité sont les plus grandes vertus.
Le grand penseur Souleymane Bachir Diagne l’exprime magnifiquement : « Ubuntu, c’est l’idée que l’humanité de l’homme est en partage. Il ne s’agit pas d’une essence abstraite, mais d’une pratique : devenir humain ensemble, dans la relation. » Il ajoute : « Contre l’universalisme arrogant qui impose un modèle unique, et contre le relativisme qui isole chaque culture, Ubuntu propose un universalisme de réciprocité : ma différence ne prend sens que dans l’écoute de la tienne. » Et encore : « La raison n’est pas occidentale. La raison est humaine, et elle s’exprime en mille langues, dans mille rituels, à mille tables de négociation. »
Le parallèle est saisissant avec le livre de Gourdault-Montagne : lui aussi nous dit que les autres ne pensent pas comme nous, et que c’est une force, non un obstacle. Lui aussi appelle à une diplomatie de l’écoute, de l’interdépendance, de la diversité vécue comme un levier d’action.
Son diagnostic sur notre époque est lucide retour des empires, colère des peuples, recul des valeurs universelles au profit du différentialisme et du communautarisme mais sa boussole est claire : une France contrainte de s’adapter aux nouvelles réalités du monde sans rien perdre de sa capacité d’entraînement.
Cette philosophie résonne jusque dans le travail d’une loge maçonnique genevoise, L’Étoile de Ubuntu (etoile-ubuntu.ch), qui s’est fait de ce nom un projet : un espace de fraternité universelle où la diversité nourrit la réflexion, et où l’on construit des ponts entre la Suisse, l’Europe et les pays du Sud global.
Ce livre fait réaliser à quel point la façon de penser les relations que ce soit au travail ou dans les engagements est encore trop souvent dans le « je pense donc je suis » plutôt que dans le « je suis parce que nous sommes ». Et vous ?
En une phrase, pourquoi s’y intéresser ? Parce que comprendre que « je suis parce que nous sommes » change tout : en diplomatie, en entreprise, en équipe, en humanité. Et si on commençait à penser avec les autres, plutôt qu’à penser qu’ils ne pensent pas comme nous ?
Je vous recommande la lecture de ce livre et la découverte des travaux de Souleymane Bachir Diagne. Qui d’autre a lu ce livre ou s’intéresse à la philosophie Ubuntu ? Nous sommes preneur de vos retours en commentaire.
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